« La dématérialisation a été un véritable levier de réussite de la réforme de 2019 sur les IRA » Focus sur les concours d’accès aux IRA

Des candidats passent le concours d'entrée aux IRA.

Les Instituts Régionaux d’Administration (IRA) qui forment les attachés d’administration de l’Etat constituent « le corps d’encadrement qui constitue la colonne vertébrale de l’administration ». Réformés en 2019, les concours d’accès aux IRA sont accessibles à de nombreux profils. Chaque année, ce sont plus de 15000 candidats qui s’inscrivent aux concours d’accès, dont les copies sont dématérialisées par la plateforme Viatique pour la cinquième fois consécutive. David CORBÉ-CHALON, adjoint au chef de bureau du recrutement et des politiques d’égalité et de diversité et Sarra MAGTOUFI, chargée du pilotage des concours d’accès aux IRA à la Direction générale de l’Administration et de la Fonction publique (DGAFP), ont accepté de nous en dire un peu plus sur les IRA et sur le fonctionnement de leurs concours d’accès.

Pourriez-vous présenter en quelques mots les Instituts Régionaux d’Administration (IRA) ?

David CORBE-CHALON : Les IRA sont des écoles de recrutement et de formation des cadres administratifs généralistes de l’Etat, que sont les attachés d’administration, qui ont vocation à exercer leurs fonctions dans l’ensemble des administrations de l’Etat, sur des métiers qui impliquent des responsabilités managériales, dans des domaines RH, Finances, Achats, Communication, Budget, Juridique, Logistique, Immobilier, etc… et toute la conception et la mise en œuvre des différentes politiques publiques de l’Etat.

Sarra MAGTOUFI : Les concours permettent l’accès à l’un des 5 IRA : Lyon, Metz, Lille, Bastia, Nantes. Chaque candidat peut candidater à un seul IRA au moment de son inscription. Si le candidat est lauréat, il rentre en scolarité pour 6 mois. Un classement de sortie permet de départager les candidats et de procéder aux choix des administrations d’affectation. Il y a des postes dans trois grands univers : l’administration centrale dans les ministères principalement à Paris, l’administration déconcentrée comme les préfectures ou les rectorats, et enfin l’administration scolaire et universitaire au sein de collèges, lycées ou universités.

Pourriez-vous décrire les concours organisés pour entrer dans les IRA ?

David CORBE-CHALON : Il y a trois concours par institut car il y a trois viviers différents de candidats : un concours externe qui s’adresse aux jeunes diplômés qui ont au moins un niveau licence, un concours interne qui s’adresse aux fonctionnaires en recherche de promotion dans leur carrière ou aux agents contractuels qui ont 4 ans de services publics et recherchent une titularisation en catégorie A ; et un troisième concours qui s’adresse à des personnes en reconversion professionnelle qui sont dotés d’une expérience professionnelle d’au moins 5 ans dans le secteur privé, que ce soit sous statut salarié, indépendant ou de responsable associatif.

Chaque institut a son propre bassin territorial pour l’affectation dans les services et établissements implantés en régions, sachant que tous offrent des postes en administration centrale dans un volume comparable. Le nombre de places offertes n’est pas le même pour chaque concours. Ainsi, pour chaque IRA, chaque session offre une quarantaine de postes en externe, une trentaine de postes en internes, et une petite dizaine de postes en troisième concours. Annuellement, le nombre des inscriptions aux concours d’accès aux IRA s’élève autour de 15000. Les opérations de numérisation des copies des candidats présents sont démultipliées en raison du nombre d’épreuves écrites, et ce sont presque 18000 copies qui sont traitées annuellement sur Viatique-IRA.

Justement, vous parlez de « numérisation » car le concours d’accès aux IRA dématérialise ses corrections. Pourriez-vous décrire les épreuves et le dispositif ?

David CORBE-CHALON : Il y a deux types d’épreuves communes aux trois concours : le cas pratique d’actualité des politiques publiques, et une épreuve de questionnaire à choix multiples. L’épreuve de QCM fait l’objet d’une correction automatique par vos services. Après la numérisation des grilles, c’est corrigé automatiquement au sein de la plateforme Viatique à partir du barème que l’on transmet. C’est une correction unique pour les trois concours d’accès à chacun des 5 IRA.

La correction du cas pratique se fait par jury, par IRA et par concours, chaque membre ayant un accès personnel à l’application. Les critères d’évaluation sont différenciés en fonction que le candidat relève du concours externe, interne ou troisième concours, puisque les attendus ne sont pas les mêmes. Les jurys de chaque IRA fixent leur propre barème de correction pour chaque concours, qui est pris en compte dans Viatique-IRA. 

Pour le jour des épreuves : le matin se tient l’épreuve de cas pratique et l’après-midi l’épreuve de QCM. Tous les candidats, ceux des trois concours des 5 IRA, ont composé en même temps dans les 23 centres d’épreuve de métropole et d’outre-mer. Après les épreuves, les centres numérisent les copies des deux épreuves et le tout est retransmis sur Viatique.

Quels sont les critères d’admissibilité aux IRA ?

David CORBE-CHALON: Les jurys déterminent eux-mêmes leur propre seuil d’admissibilité. Sur un total de 140 points – deux notes sur 20, coefficient 2 pour le QCM et 5 pour le cas pratique -, ils vont décider quelle barre d’admissibilité ils décident de fixer au regard des prestations des candidats. Il s’agit en somme du nombre de candidats admissibles qui seront autorisés à passer l’entretien d’admission avec le jury.

Quel est le profil académique des candidats ?

Sarra MAGTOUFI : Une grande partie des candidats sont issus d’un cursus juridique. Mais il y a une existe une réelle pluralité de profils : des littéraires, des géographes, des historiens, des candidats qui ont travaillé dans le secteur privé. Les concours d’accès aux IRA sont réellement ouverts à tous les types de profils et de compétences.

David CORBE-CHALON : Les concours ont été réformés en 2019 avec l’idée de diversifier le vivier de candidats, pour montrer que ce n’est pas parce que l’administration est à la base de l’Etat de droit que seuls des juristes sont attendus : tous les points de vues, tous les types de compétences disciplinaires, et les modes de raisonnement sont nécessaires pour faire tourner la machine administrative. La réforme a reposé sur le souci d’ouvrir les épreuves et la communication dans le but de toucher des publics un peu plus variés, notamment sur les profils littéraires, finances, et économiques. Il y a aussi des personnes qui ont fait un BTS et une formation complémentaire, car le recrutement minimal est à Bac+3, ou des personnes qui s’inscrivent en licence ou master d’administration publique qui sont des formations spécialisées pour préparer les concours.

Est-ce un hasard si la dématérialisation est mise en place la même année que la réforme ?

David CORBE-CHALON : Non ! La dématérialisation a été un véritable levier de réussite de cette réforme. En 2019, non seulement on a réformé les épreuves du concours, mais l’organisation de la scolarité a aussi changé : auparavant il y avait un an de formation dans les IRA, divisé désormais en deux périodes de 6 mois : une période de 6 mois en institut et 6 mois en administration avant la titularisation. La réduction de la durée de la scolarité en institut suppose de pouvoir affecter de nouveaux élèves dans les administrations tous les 6 mois. Il nous a ainsi fallu organiser les concours deux fois par an, et donc travailler sur les calendriers des opérations pour réduire les délais. La dématérialisation nous a permis de gagner du temps dans tout ce qui est délais de transmission et de correction, outre la sécurisation offerte pour la transmission et la correction des copies.

Nous avions été sensibilisés aux prestations que vous offriez en 2018 par le ministère de l’intérieur et le ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Il y avait plusieurs finalités dans la dématérialisation : c’était un moyen de fiabiliser la sécurité juridique des opérations, pour éviter les pertes de copies, optimiser les délais d’acheminement de courriers, maximiser la confidentialité des corrections par les membres du jury. Le facteur essentiel qui nous a mobilisé pour mettre en œuvre la dématérialisation dès l’automne 2019, c’est-à-dire dès la première occurrence du dédoublement des concours sur une année, a été les gains de temps calendaires que ça nous offrait. La première occurrence, à l’automne 2019, qui a été mise en place dans des délais record, avait déjà très bien fonctionné. Actuellement, nous en sommes à la cinquième occurrence.

Etes-vous satisfaits de la dématérialisation des corrections ?

David CORBE-CHALON : La relation avec Exatech est extrêmement bonne. Pour tout ce qui est anticipation de la programmation, déroulement des opérations, assistance en matière de numérisation tout est parfait. On travaille très bien avec les équipes de Mathieu Paris. Il en va de même de l’articulation avec le prestataire en charge de l’application de gestion des concours, qui est interfacée avec Viatique.

Certains membres de jury avaient déjà eu l’occasion de travailler avec Viatique dans le cadre d’autres concours, cela a facilité la prise de confiance par les autres membres de jury, dont tous nous font aujourd’hui un retour très positif sur les facilités offertes par l’outil. Les gestionnaires concours au sein des IRA se sont bien appropriés l’outil pour faciliter le travail du jury : aussi bien dans l’accompagnement des correcteurs pour la gestion des copies par les binômes, le coaching des jurys sur l’avancée des corrections ou encore la vérification des potentiels écarts de notation entre les binômes de correcteurs afin d’harmoniser les notes. L’outil statistique offert par Viatique est également très utile pour piloter les résultats des candidats de session en session.

Un grand merci à Sarra MAGTOUFI et à David CORBÉ-CHALON.